Mourir au Paradis
Par Martilux le mardi 8 novembre 2005, 19:28 - Séries de M à P - Lien permanent
Mourir au Paradis
L'histoire :
Aujourd'hui aux USA, dans un ghetto réservé aux riches, village reconstitué, aux sublimes résidences, gardé par des vigiles, un groupe de jeunes gens bien nés s'ennuie.
Bart, notamment, est le chef de la bande, et il découvre ses derniers achats commandés sur le net : un superbe uniforme de colonel nazi et un fusil d'assaut dernier cri.
Alors, avec quelques amis, il va fêter ses nouvelles acquisitions et troubler le bonheur léthargique de cette prison pour les riches.
Huis-clos dans une gated-city de la côte ouest américaine, l'un de ces lotissements de luxe entourés d'une clôture inviolable, avec police privée, golf exclusif, caméras de surveillance et check point à l'entrée. Un groupe d'ados désœuvrés, des collectors nazis acquis sur le net, des armes et des 4x4 : tous les ingrédients sont réunis pour le drame absurde.
Fiche d'identité :
Scénario : Pierre Christin
Dessins : Alain Mounier
Couleurs : J. J. Chagnaud
Editeur : Dargaud
Date de sortie de l'album : octobre 2005
Nombre de pages : 64
Code ISBN : 2-2050-5093-1
Prix (à titre indicatif) : 13.50 Euros
Mon avis :
Alors là, moi je dis chapeau !
Ca fait bien longtemps que je ne m’étais pas autant régalé avec une histoire somme toute fort simple. Un huis-clos bien scénarisé, c’est une implacable mécanique. Comment la connerie humaine peut-elle en arriver là ?
Et justement, elle fait même pire. La théorie du domino. En affaires, on dit souvent que lorsqu’un dossier commence mal, il est définitivement pourri : c’est exactement ce qui se passe dans cette histoire où au fur et à mesure que l’on avance on sait que l’on se trouve dans une seringue dont on ne sortira pas.
L’illustration offre le glamour et le glauque. C’est vraiment remarquablement fait. Les décors sont somptueux et de rêve – on aimerait y être. Mais très vite, c’est tellement pesant comme atmosphère que beurk !
L’auteur s’attaque à la nouvelle idéologie dominante d'une société de propriétaires refusant le monde extérieur : c’est le pendant (avec quelques années de décalage) à la décomposition de l'idéologie communiste dans le même genre de huis-clos d'une datcha dépeinte dans Partie de Chasse (par le même Christin avec Bilal). C’est dommage, comme je n’aime pas le graphisme de Bilal, j’avais zappé.
La chute donne froid dans le dos. La microsociété emprisonnée volontairement dans le petit paradis de Heaven's Estate est-elle aussi condamnée ? Le modèle américain est-il en train de s’exporter ?
Ma note :

La note des autres rédacteurs
Nathalie : 


Commentaires
A la vue de cette critique, je me suis mise en frais pour acquérir cette BD.
J'ai bien fait.
Jusqu'où peut aller la connerie humaine ? Loin, très loin si l'on en croit l'histoire narrée ici. Et ça fait froid dans le dos.
L'histoire est bien ficelée même si on soupçonne le pire dès le départ rien qu'à la vue de la distraction principale de Bart Cooley ...
Côté scénario, rien à dire. Une mention spéciale pour le découpage particulièrement judicieux : on passe du paradis à l'enfer en tournant une seule page. Une sacrée coupure !
La fin fait franchement réfléchir.
Honnêtement, cet album m'a vraiment "mis les jetons" comme on dit.
Merci Martilux pour cette superbe découverte.